03/02/2006
Je redouble
Nous sommes le 24 janvier 2006, et c’est aujourd’hui que je devais avoir 31 ans. Dès 7 h 30 ce matin, mon téléphone portable m’indique que cette nuit, vers une heure du matin, Nathalie Gonnet m’a envoyé un SMS célébrant cet évènement. De même, Juldé m’offre mon premier cadeau : par mail, il me fait parvenir les 151 pages de son premier roman « Quelques personnages inutiles », c’est vrai que je le lui avais réclamé. Tout cela est fort touchant, quoique bien inutile, puisque dès mon réveil, j'avais pris la décision de ne pas avoir 31 ans aujourd’hui ; mais de refaire ma trentième année. Nous sommes le 24 janvier 2006 et pour la deuxième fois de ma vie, j’entre dans ma trentième année. A l’école, quand on n’avait pas bien travaillé, l’instituteur convoquait nos parents pour leur expliquer que le passage au niveau supérieur n’était pas envisageable, que le travail effectué, le comportement général ou le niveau de maturité atteint par leur rejeton ne le permettaient tout simplement pas. A la fois ferme et dédramatisant (ce n’est pas la fin du monde, non plus !), l’instituteur nous informait donc de la décision de nous faire redoubler. Le travail effectué, le comportement général ou tout simplement le niveau de maturité atteint par moi-même cette dernière année ne permettant pas de passer à l’année supérieure ; je vais donc redoubler ma trentième année.
Car, il faut bien le reconnaître, vos 365 derniers jours n’ont pas été bien brillants M. Ferron, vous êtes bien d’accord avec moi n’est-ce-pas ? Pour ce qui est du français et des maths, passe encore (et encore, pour le français, sauf erreur de ma part, le dernier texte potable que vous nous ayez fourni ( Hue dada !) date du 19 janvier 2005, vous n’aviez encore que 29 ans !), mais pour ce qui est des sciences, des arts plastiques, l’EPS, la découverte du monde… Rien, je n’ai rien à me mettre sous la dent, si ce n’est une pauvre ballade en Bulgarie et 4 ou 5 coïts dont je ne vous ferai pas le déshonneur de trop rappeler la médiocrité ! Voilà où nous en sommes. Nous nous étions habitués à votre côté dilettante, à vos copies rendues en retard et bien souvent bâclées, mais là ce n’est plus d’inachevé ou d’approximations dont il s’agit, mais bel et bien d’Inertie ! Et quand il y a quelques jours vous m’annoncez que vous croyez être tombé amoureux ; bon, je me dis, il sent la sanction venir, il tente un dernier coup d’éclat en fin de troisième trimestre. Ca sert à rien , mais quelque part ça fait plaisir : enfin une réaction, un sursaut d’orgueil. Quelque part ça m’a ému. Mais quand ensuite vous tentez de m’expliquer que tout cela ne serait dû qu’au fait actuellement c’est Vénus ou je ne sais quel Saturne qu’est actuellement rétrograde, là je vous dis clairement, faudrait voir à pas trop se foutre de ma gueule M. Ferron, et vous savez aussi bien que moi que nous n’avons pas le choix : M. Ferron, vous êtes recalé.
Ce n’est pas la fin du monde non plus.
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30/09/2005
Kamtchia
Pour Kamtchia, ce fut différent. Le premier minibus censé me conduire vers l'un des plus beaux endroits du littoral bulgare de la mer Noire (in Bulgarie - Guide touristique , Ed.Tangra Tannakra, 2002) ayant eu la savoureuse idée de tomber en rade, c'est donc un second qui me déposa... à 5 kilomètres du-dit paradis. Pas de bus apparemment, encore moins de taxi. Bon, 5 bornes à pieds, avec un sac de 12 kilos sur le dos, du nerf garçon!, t'as fait l'armée il me semble, c'est dans tes cordes et ça ne te fera sans doute pas (trop) de mal. Sauf que moi, mon service militaire et ses quelques rares marches rapides qu'on m'y contraint d'effectuer (avec un certain brio je crois me souvenir) avaient pour cadre les bucoliques routes de campagne de ma Mayenne natale et pas cette forêt pleine de plus de 40 types de jolis arbres et plusieurs espèces de broussailles, de fougères... On peut y rencontrer des cerfs, des rennes, des éperviersmarins et des aigles, des sangliers, des chats sauvages, etc. Pour les auteurs (connards!) du bouquin, "etc" ça doit signifier moustiques par milliers et vipères à foison. Bon, deux en fait de vipères. Tout de même, se trimballer au milieu d'une route (pour éviter les vipères pleines de vice qui certainement doivent attaquer de côté) tout en agitant frénétiquement un bout de fougère au dessus de sa tête (pour tenter (en vain) de faire fuir une horde de vilains moustiques anthropophages), n'était pas précisément l'image que je m'étais faite du paradis, mais bon, c'est vrai qu'on se fait des idées des fois.
La route que j'emprunte ne m'amène pas à un village mais à une sorte de guinguette au bord de la rivière Kamtchia (verdâtre à souhait), d'où ne semblent repartir que des chemins terreux s'engouffrant dans la forêt. J'ai du me planter de route à un moment donné. Qu'importe, passablement éreinté, je m'installe à une terrasse et m'enfile même pas une bière, un coca. Ne voyant quand même pas trop bien par où il va me falloir repartir, je finis par demander gentiment ma routeà une des deux serveuses (pas la moche, l'autre). Réponse:"Kamtchia ? You are in Kamtchia" Ben voyons, forcément: deux restos, une épicerie, une boîte de nuit fermée (c'est vrai qu'il fait encore jour en même temps) et une agence proposant des promenades en barque. Le désespoir commence à m'envahir, mais je dois rester fort, je peux pas craquer devant elle, encore moins devant ses seins. Bon, faisons nous une raison: je vais pas me retaper les 5 bornes à pieds maintenant; j'en suis quitte pour une nuit au paradis. Les deux seins m'expliquent qu'il y a un hôtel un peu plus loin dans la forêt, mais celui-ci est complet ( La réservation d'avance n'est pas nécessaire, page 317). N'ayant pas de tente pour le camping, je finis par louer un bungalow pour quatre personnes. Plus qu'à choisir le meilleur lit.
Douché, siesté, vaguement requinqué, je repars pour un de ces (deux) bistrots proposant des spécialités avec des fruits de mer et de l'eau douce (sic). L'un des deux, grandes tables en bois, ambiance familiale (de toute façon, ça fait un petit moment que je ne m'attends plus à vivre une folle soirée débridée dans ce trou), odeur de poiscaille grillé, et petite serveuse brune - cheveux mi-longs attachés, jean délavé taille 36-38, humble mais attendrissante poitrine, autant de jambes que de bras que d'yeux que d'oreilles - me semble tout à fait convenir pour ce que j'ai fini par considérer comme étant mon "étape verte", un petit break à la campagne, loin du tumulte des stations balnéaires et des villes, des bars et des boîtes pleines de filles dénudées. Oui, voilà exactement ce qu'il me fallait, un petit coin paisible où les familles peuvent se promener, s'aimer, en péniche se laisser glisser, se midi et soir restauranter. Ce soir, j'allais me faire chier.
J'avais bien entendu la variet' locale qui se mêlait au brouhaha ambiant, mais pas remarqué tout de suite qu'elle était commise par une sorte de chanteuse, cachée dans un coin du bistrot. Elle est accompagné d'un musicien et de son clavier. Celui-ci semble se faire royalement chier (je le comprends) et se contente globalement d'envoyer des bandes-sons pré-enregistrées. Je me dis qu'à la longue ça risque d'être un peu pénible, mais au moment même où mon jean délavé m'apporte la truite que j'avais commandée, la musique s'arrête. Soit la truite est sacrée ici, ou alors le concert est fini. Dans un cas comme dans l'autre c'est mieux ainsi.
J'aurais du m'en douter en même temps. C'aurait été trop simple. C'est aussi ce qu'a du penser une espèce de gros lard en débardeur, avant d'installer une sono beuglarde et de lancer sur scène un gamin de treize ans, accoutré de fringues traditionnelles et muni d'un micro (y' a pas d'âge légal pour tenir un micro ?). Chant traditionnel ou je ne sais trop quoi, en tout cas tout le monde frappe dans les mains, semble ravi; je me cache dans ma bière, tout ça ne devrait pas durer. En effet, à la fin du massacre, le petit Stefan sort de scène, sous les hourras. Par contre il est aussitôt remplacé par Katia, puis Stefania, ainsi que Goran, avant que ne revienne Stefan (déguisé en rocker ce coup-là) qui fera place à un gamin de quatre-cinq ans maxi ( en rappeur, lui). Cela dure plus d'une demi-heure, et c'est particulièrement horrible. Pourtant, les clients semblent ravis, rient de bon coeur et je n'arrive pas à leur en vouloir, je me mets même à rendre certains de leurs sourires. Mal m'en a certainement pris puisque, à la fin du spectacle, la joyeuse bande de marmots venue saluer ce chaleureux public (j'applaudis aussi, deux fois) lance un air qui semble faire l'unanimité ( l'hymne national?), tout le monde reprend en coeur, puis les chiards se dispersent en courant dans le bistrot. En trente secondes, la moitié des clients se retrouvent à la queue-leu-leu. Là, ça sent le roussi mon bon nerf! C'est vrai que d'habitude, je suis pas le dernier pour lancer la "chenille", quand elle est interprétée par la Bande à Basile (même si c'est surtout mon morceau préféré pour faire l'amour), mais là, je préfererais pas. Comptez pas sur moi.
Lalala lalala lalala!!! Une octogénaire dans mon dos fermement accrochée à mes hanches, moi penché comme un bossu pour pouvoir atteindre les épaules d'un môme de cinq ans, ma serveuse préférée qui me fait de grands gestes pour que je souris quand je passe devant l'objectif de son appareil photo. L'an prochain, ce sera Pornic ou rien.
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23/08/2005
Cyrille est un con
Depuis mon arrivée en terre thrace, je maudis ce fichu Cyril (Cyrille?) et son alphabet à la con. Ce mec devait être un vrai pervers. Si encore il s'était contenté de se créer son petit code bien à lui, histoire de déconner avec les copains, comme on faisait à l'école primaire pour s'envoyer secrètement des messages de la plus haute importance (ex: cstop bhnf dbspmjof = Bruno aime Caroline ), mais non. Cyrille (Cyril ?), lui, il s'est dit, pour bien foutre la merde, je vais inventer des caractères inédits puis je vais les mélanger avec des caractères déjà présents dans l'alphabet latin, mais en leur donnant une sonorité différente: le B se prononcera "v", le P, et bien ça fera "r", pour le X ce sera "k", etc..., comme ça ceux qui connaitront pas le code, ben ils seront bien emmerdés pour savoir que Ivan il aime Tatiana ou que Svetlana n' a pas de culotte.
Du coup, je crois que là, en pleine gare de Sofia, avec mon bon con de Siril, ben faudrait pas qu'on se retrouve nez-à-nez, je pourrais être assez peu aimable. Faut pas charrier non plus! : impossible de piger comment me procurer un ticket pour pour la ville de Plovdiv. L'affichage est incompréhensible et les différentes guichetières visiblement peu motivées pour me filer un coup de main. Heureusement, deux jeunes anges au coeur pur, visiblement amusées par mes va-et-viens incessants et ma mine déconfite, viennent à mon secours. Elles m'expliquent que les fortes pluies de ces derniers jours ont fini par avoir raison d'une partie du réseau ferroviaire bulgare. Je dois donc me rendre, en bus dans un premier temps, à " Septemveri station" , d'où je pourrais ensuite prendre le train pour Plovdiv. OK, pas de problème, je savais pas qu'il y avait une deuxième gare à Sofia mais bon... En tout cas merci les filles .
Cohue à l'extérieur de la gare, tout le monde semblant attendre ce fichu bus. Finissent par arriver quatre "bus-accordéons" ( vous savez, ceux en deux parties), dans lesquels tout le monde s'engouffre sauvagement. Je semble tenir le bon bout. En route!
Le chauffeur m'ordonne de m'asseoir plus qu'il m'y invite. Soit, j'ai pas l'intention de contester quoi que ce soit maintenant. Nous quittons le centre de Sofia qui par endroits aurait bien besoin de petites retouches de peinture ou de quelque ravalement de façade, mais c'est rien à côté des faubourgs. Quel merdier! C'est ruine sur ruine. C'est un concours ou quoi ? Y'en a qui doivent se lever la nuit pour tout massacrer à coups de masse, c'est pas possible autrement.
Je sais pas où est foutue la deuxième gare, mais le trajet commence à devenir un peu long. Notre (convoi de) bus semble sortir de la ville, et finit même par s'engager sur une autoroute. C'est quoi ce bordel encore !? Passablement inquiet, je sors un plan de Sofia, mais n'y trouve pas trace de Septemveri station ( ni d'aucune autre gare d'ailleurs). Elargissons nos horizons : plan de la Bulgarie, ah ben oui, là Septemveri, à 100 bornes au moins de Sofia, le tout à 50 km/h dans un bus que personnellement je n'aurais jamais autorisé à rouler hors agglomération. Impeccable.
C'est interminable. On avance à rien. Le moindre véhicule équipé d'un moteur nous dépasse allègrement ( une sorte de mobylette trafiquée se permet même de nous narguer en nous doublant par la droite !) Je entonnerais bien un petit " Chauffeur si t'es champion..." mais je crains que cela ne serve pas à grand chose.
Une ou deux éternités plus tard, on finit par atteindre Septemveri. Un train (?) nous attend. Lui aussi prendra son temps. Mais, plutot bien installé dans ma banquette, le paysage n'est pas désagréable à contempler. Les deux jeunes filles me faisant face dans le compartiment non plus d'ailleurs.
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